Les grandes priorités pour améliorer la gestion
des forêts publiques du Québec
Québec, le 14 décembre
2004 – C’est aujourd’hui que la
Commission d’étude sur la gestion de la forêt
publique québécoise a rendu public son rapport,
dans les délais indiqués par le Gouvernement
et dans les budgets alloués.
Le mandat de la Commission, présidée
par monsieur Guy Coulombe, était d’examiner la
gestion des forêts publiques du Québec et de
proposer des façons d’en améliorer la
gestion.
«Nos réflexions nous ont amenés
à divers constats, certains étant préoccupants,
et c’est ce qui nous conduit à proposer cinq
virages majeurs, » a indiqué monsieur Coulombe.
« Ces virages vont directement au cœur de la gestion
du patrimoine forestier québécois et nous invitons
le Gouvernement, les intervenants du secteur et la population
à les analyser non pas à la pièce, mais
dans leur ensemble. »
Les cinq priorités proposées
par la Commission visent à :
- S’éloigner d’une gestion
axée principalement sur la production de matière
ligneuse pour gérer la forêt comme un tout,
en mettant l’accent sur l’aménagement
écosystémique et le parachèvement du
réseau des aires protégées.
- Passer d’une allocation des bois
basée sur les volumes à une allocation qui
tient davantage compte de la qualité des tiges et
de l’accessibilité des peuplements sur le territoire.
- Passer d’une sylviculture extensive
dont les rendements sont souvent incertains à une
sylviculture mieux ciblée, qui permet de produire
le bois de la bonne façon, au bon endroit et au bon
moment, tant en forêts feuillues que résineuses
et mixtes.
- Préparer l’inévitable
consolidation de l’industrie de la transformation
de la matière ligneuse.
- Décentraliser la gestion forestière
dans la transparence, l’information et la participation
des acteurs du milieu.
À la lumière de ses analyses
et de ses consultations, la Commission en vient entre autres
à la conclusion qu’il y a, globalement, surexploitation
ligneuse des forêts du Québec. En forêts
feuillues, il y a eu écrémage des tiges de qualité.
À ce jour, le virage sylvicole vers la coupe de jardinage
n’a été pris que partiellement et la Commission
recommande un vaste programme de réhabilitation des
forêts feuillues dégradées.
En ce qui a trait aux
forêts résineuses, la Commission constate une
baisse inquiétante du capital ligneux entre les deux
derniers inventaires forestiers. Cette baisse indique que
l’ensemble des facteurs de prélèvement
des bois – tant la récolte que les pertes par
perturbations naturelles et par mortalité des arbres
– ont dépassé l’intérêt
ligneux que les forêts résineuses sont en mesure
de produire.
La Commission a également identifié
de sérieuses lacunes dans les méthodes actuellement
utilisées pour mesurer l’état des forêts
et pour estimer la possibilité ligneuse sur le territoire.
Elle fait donc des recommandations précises pour apporter
des correctifs, de façon à ce que ceux-ci soient
intégrés dans les prochains plans qui doivent
être produits pour chaque unité d’aménagement
forestier du Québec.
Entre-temps, la Commission estime qu’il
faut faire preuve de prudence à l’égard
des volumes réellement disponibles pour la récolte
en forêts publiques tout en s’assurant que les
entreprises québécoises de transformation de
la matière ligneuse, qui génèrent des
milliers d’emplois et qui contribuent de façon
majeure à l’économie du Québec
et de ses régions, puissent avoir une base stable d’approvisionnement.
« Les changements réalistes
que nous proposons sont suffisamment importants, a expliqué
le président de la Commission, pour que nous recommandions
au Gouvernement de reporter d’un an la mise en œuvre
des prochains plans d’aménagement forestier dans
toutes les régions. Ces plans entreraient donc en vigueur
en 2008, plutôt que l’échéancier
actuel de 2007. »
D’ici à l’entrée
en vigueur des prochains plans d’aménagement,
en 2008, la Commission recommande que la possibilité
ligneuse pour le groupe SEPM (sapin, épinettes, pin
gris et mélèze) soit réduite de 20 %
par rapport à la possibilité actuellement en
vigueur dans chacune des unités territoriales de la
forêt publique. Cet ajustement intérimaire devrait
conduire, pour ces essences résineuses, à une
réduction moyenne de l’ordre de 15 % pour les
attributions et de l’ordre de 10 % pour la récolte,
à l’échelle du Québec.
En ce qui a trait aux essences autres que
le groupe SEPM, la Commission recommande que d’ici à
l’entrée en vigueur des prochains plans en 2008,
la possibilité ligneuse soit inchangée par rapport
à celle qui est actuellement en vigueur. Considérant
la baisse pour le groupe SEPM et l’influence que celle-ci
pourrait avoir sur la récolte de feuillus en peuplements
mixtes, il faudra s’assurer que les volumes autorisés
à la récolte pour les essences feuillues n’excèdent
pas la possibilité dans ces peuplements.
Concernant le financement des interventions
d’aménagement, la Commission fait aussi des propositions
pour un réaménagement global des budgets actuellement
dédiés aux crédits sylvicoles et aux
programmes visant la protection et la mise en valeur du milieu
forestier. À ce chapitre, les recommandations visent
à dégager une marge de manœuvre financière
pour permettre la mise en place de programmes portant sur
six axes principaux: 1) l’acquisition de connaissances
sur les ressources forestières, 2) la voirie forestière,
3) la réhabilitation de la forêt feuillue, 4)
la réalisation de projets de sylviculture intensive,
5) le développement de projets de forêt habitée
et 6) l’appui aux intervenants en milieu forestier.
Pour que ces changements
soient amorcés dans les meilleurs délais, la
Commission recommande au Gouvernement d’instaurer rapidement
un comité de mise en œuvre et de procéder
à la nomination d’un Forestier en chef. Elle
propose également plusieurs mesures visant à
augmenter les pouvoirs des instances régionales, tout
particulièrement les conférences régionales
des élus (CRÉ). La Commission a également
dressé un calendrier des principales étapes
à franchir, l’objectif étant d’en
arriver à ce que, à l’échelle du
Québec, les prochains plans d’aménagement
forestier soient lancés en 2008, en fonction des nouvelles
orientations de gestion et d’aménagement du territoire.
Le président de la Commission a insisté
sur le fait que toutes les actions proposées ne doivent
pas s’inscrire dans une logique chronologique, mais
bien dans une logique de simultanéité. Il a
souligné que la majorité des changements ciblés
par la Commission sont intereliés, d’où
la nécessité d’atteindre rapidement une
masse critique de résultats concrets.
« Il faut réussir à ce
que le régime forestier évolue constamment en
fonction des nouvelles connaissances et que cette évolution
soit mieux synchronisée avec les attentes de la population
et les impératifs des activités économiques
qui découlent du milieu forestier, tout en assurant
la protection de l’environnement. Si tous les acteurs
se rallient à cette vision d’avenir, les prochaines
années susciteront, je crois, beaucoup d’innovation
et de fierté », a conclu monsieur Coulombe.
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