Un diagnostic sévère à l’égard
des façons d’estimer la disponibilité
des bois pour la récolte
Québec, le 14 décembre
2004 – Une comparaison des deux derniers inventaires
forestiers au Québec révèle une baisse
globale de 4,1 % des volumes de bois marchands sur le territoire
forestier productif et accessible. Cette baisse traduit une
diminution de 7 % pour les essences résineuses et une
augmentation de 2,5 % pour les feuillus.
La Commission d’étude sur la
gestion de la forêt publique québécoise,
présidée par monsieur Guy Coulombe, estime la
situation inquiétante. Analyses et avis techniques
à l’appui, elle souligne cependant qu’il
est possible de renverser la vapeur.
Globalement, la Commission constate qu’au
cours des 20 dernières années, les façons
d’aménager les forêts en zone boréale
n’ont pas permis de générer les rendements
ligneux nécessaires pour soutenir les niveaux de récolte
actuellement autorisés.
« Cette baisse de volumes marchands
pour les résineux indique que l’ensemble des
facteurs de prélèvement de bois – tant
la récolte que les pertes par perturbations naturelles
et par mortalité naturelle – ont dépassé
l’intérêt ligneux que le capital forestier
québécois a été en mesure de produire,
» a expliqué un des commissaires, monsieur Éric
Bauce.
Ce dernier mentionne que la Commission en
est venue à la conclusion qu’en ce qui a trait
à la forêt résineuse boréale, on
assiste, dans plusieurs régions, à une forme
d’écrémage, peuplement par peuplement.
Non seulement les volumes marchands sont-ils en baisse, de
façon plus ou moins prononcée selon les essences,
mais ils sont aussi de moins en moins accessibles sur le plan
économique, en raison de l’éloignement
par rapport aux usines, de leur dispersion sur leur territoire
ou de leur baisse de qualité. À cet égard,
la Commission dépose une série de recommandations
pour qu’à l’avenir, la récolte tienne
davantage compte des dimensions de qualité des tiges
et d’accessibilité des peuplements, dans l’espace
et dans le temps.
À l’instar de plusieurs groupes
entendus lors des audiences publiques, la Commission est aussi
fortement préoccupée par l’état
actuel de dégradation dans les forêts feuillues.
Malgré les efforts du ministère des Ressources
naturelles, de la Faune et des Parcs pour favoriser la coupe
de jardinage par pied d’arbre, la Commission constate
qu’il a été possible, pour certaines entreprises,
de couper une majorité de bonnes tiges, laissant la
forêt se dégrader encore davantage. « Cette
situation d’écrémage arbre par arbre va
à l’encontre de tous les principes du développement
durable et elle est d’autant plus inadmissible qu’elle
était déjà clairement pressentie il y
a plus de vingt ans, » a souligné le commissaire
André Bouchard.
Après avoir pris connaissance du plan
d’action déposé par le Ministère
pour remédier à cette situation en forêts
feuillues, la Commission estime qu’il faut laisser le
temps à ces mesures correctives de prendre effet. Par
contre, s’il n’y avait pas d’amélioration
notable dans les deux ou trois prochaines années, le
Ministère devra sérieusement envisager la possibilité
de prendre le martelage des tiges à récolter
entièrement sous sa responsabilité.
La Commission en conclut par ailleurs que
les méthodes actuellement utilisées pour mesurer
l’état des forêts et pour estimer la possibilité
ligneuse dans les forêts du Québec présentent
des lacunes importantes.
Ces conclusions sont corroborées par
trois études majeures réalisées au cours
de la dernière année. Deux de ces études
techniques ont été réalisées par
des firmes externes (CERFO et Optivert), sous mandat de la
Commission, alors que la troisième émane d’un
comité scientifique parrainé par le ministère
des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs.
La Commission se dit très préoccupée
de ces constats. « Nos analyses confirment que le Québec
accuse un sérieux retard en matière d’intégration
des nouvelles technologies et de rigueur statistique lui permettant
d’avoir un portrait juste de l’état de
ses forêts. Cette faiblesse a des conséquences
importantes non seulement pour les volumes de bois qui peuvent
être récoltés dans les forêts publiques,
mais aussi pour les décisions d’aménagement
intégré des ressources sur le territoire, »
a souligné le commissaire Bauce.
La Commission est d’avis, études
à l’appui, qu’il est possible de remédier
à cette situation. Elle a donc déposé
une série de recommandations qui visent, entre autres,
à bonifier le système des inventaires, à
améliorer les estimations de la possibilité
ligneuse et à repartir, sur des bases plus solides,
le prochain cycle de plans d’aménagement dans
les forêts publiques du Québec.
La Commission recommande donc que les prochains
plans d’aménagement n’entrent en vigueur
qu’en 2008, plutôt que l’échéancier
actuel de 2007, parce qu’il est essentiel, entre-temps,
que le Québec se dote des outils techniques nécessaires
pour tenir compte des dimensions spatiales entourant les volumes
de bois disponibles.
« La bonne nouvelle, c’est que
ces outils existent et sont déjà utilisés
ailleurs, » explique le commissaire Bauce. « En
quelques mois, nous avons a pu démontrer qu’il
est tout à fait possible de greffer les données
de base issues du système actuel, le logiciel Sylva,
à d’autres outils qui permettent de spatialiser
les estimations de la possibilité ligneuse. »
Si les changements sont mis en branle rapidement,
la Commission est confiante que les prochaines estimations
des volumes de bois disponibles pour la récolte pourront
être beaucoup plus cohérentes avec l’état
réel des forêts ainsi que la localisation des
peuplements et des arbres qui devraient être récoltés,
dans le respect des normes environnementales, des sites à
protéger et des besoins de tous les utilisateurs du
milieu forestier.
Les recommandations concernant les changements
à apporter au système d’inventaire en
forêt et à la gestion de la matière ligneuse
sont principalement inscrites aux chapitres 5 et 6 du rapport
de la Commission.
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