Un virage sylvicole s’impose
Québec, le 14 décembre
2004 – La Commission sur la gestion de la forêt
publique québécoise dépose une série
de recommandations qui visent à changer les façons
d’aborder la sylviculture au Québec, tant dans
les forêts résineuses que feuillues et mixtes.
« Nos analyses montrent qu’on
surexploite les forêts parce qu’on coupe parfois
mal, particulièrement au mauvais endroit, mais ce qui
est positif, c’est qu’on pourrait récolter
plus de bois si on aménageait mieux », a expliqué
un des commissaires, monsieur Éric Bauce.
Face à un important déficit
en feuillus durs de qualité et à la nécessité
de revoir à la baisse l’estimation de la possibilité
ligneuse en forêts résineuses, la Commission
recommande une série d’avenues pour réaligner
la production de matière ligneuse. Au-delà du
parachèvement du réseau des aires protégées
et de l’application des principes de l’aménagement
écosystémique, qui vise une gestion intégrée
de l’ensemble des ressources, ce nouvel équilibre
sylvicole doit viser, d’une part, la capacité
de production ligneuse des forêts et, d’autre
part, les opportunités d’une industrie de la
transformation capable de soutenir la concurrence mondiale.
Dans sa réflexion, la Commission a
notamment remis en question la notion d’effet de possibilité.
Dans les forêts résineuses, par exemple, cette
approche permet d’anticiper sur les quantités
de bois qui seront disponibles à long terme et, dès
maintenant, de récolter chaque année des volumes
additionnels. En plus d’augmenter les approvisionnements
des usines, cette dynamique amène des redevances supplémentaires
à l’État, augmentant d’autant la
disponibilité de crédits sylvicoles pour des
travaux admissibles en paiement des droits. Il y a donc des
avantages pour un bon nombre d’intervenants. Par contre,
selon que l’effet de possibilité représente
une proportion plus ou moins importante du niveau de récolte,
il faut reconnaître que le fait d’en faire usage
dans l’allocation des bois présente certains
risques pour l’avenir à long terme des forêts,
des entreprises et des communautés qui en dépendent.
« C’est ce qui nous amène
à recommander que le niveau maximal de récolte
annuelle pour chaque unité d’aménagement
sur forêts publiques soit établi, entre autres,
en fonction d’un aménagement de base qui n’anticipe
pas automatiquement l’effet de possibilité de
la stratégie sylvicole », a souligné le
vice-président de la Commission, monsieur Jean Huot.
La Commission recommande par ailleurs l’instauration
d’une politique de plein boisement après récolte,
en fonction des conditions de chaque site, et que les travaux
sylvicoles nécessaires à l’atteinte de
cet objectif soient dorénavant aux frais de l’exploitant.
Ceci conduirait donc à l’abolition des crédits
sur les redevances actuellement accordés par le Gouvernement
pour les travaux liés à la remise en production.
La Commission estime que ce virage est susceptible d’améliorer
les approches sylvicoles, d’accroître le capital
ligneux et, à long terme, d’augmenter la disponibilité
de matière ligneuse pour la récolte.
Dans un tel contexte de réaménagement
budgétaire, particulièrement au chapitre des
crédits sylvicoles, la Commission a identifié
six priorités d’utilisation de cette nouvelle
marge de manœuvre : l’acquisition de connaissances
sur les ressources forestières, la voirie forestière,
la réhabilitation de la forêt feuillue, la réalisation
de projets de sylviculture intensive, le développement
de projets de forêt habitée et l’appui
aux intervenants du milieu forestier.
Tout au long de ses consultations, la Commission
a noté la volonté des nombreux intervenants
du monde forestier d’avoir à leur disposition
de meilleures connaissances sur les ressources du territoire
et sur les processus biophysiques, pour prendre des décisions
éclairées. À ce chapitre, elle recommande
donc la création d’un programme d’acquisition
de connaissances où le niveau des ressources financières
investies en recherche atteindrait 10 millions $ par année
d’ici cinq ans.
Dans un contexte de redéfinition des
stratégies d’aménagement des forêts
québécoises, la Commission met également
en priorité la mise en œuvre d’un programme
de voirie forestière. En forêt boréale,
cette approche permettrait de miser davantage sur la récolte
des peuplements surmatures ou en âge de bris aujourd’hui
inaccessibles, toujours dans le respect des objectifs de protection
de l’environnement et de maintien de la biodiversité.
Pour la partie plus méridionale du Québec, la
priorité devrait être accordée à
une stratégie de voirie forestière en fonction
du développement multiressource du territoire.
En ce qui a trait à la sylviculture
intensive, la Commission propose la mise en œuvre d’une
stratégie qui ferait appel à des projets sur
des sites à fort potentiel de gains ligneux, tant en
forêts publiques que privées. Dans cette approche,
les instances régionales seraient mises à contribution
pour identifier les territoires où ces projets pourraient
se situer et pour gérer les appels de propositions.
Chaque projet serait basé sur un nouveau type de contrat,
entre un promoteur et le Gouvernement. De façon générale,
les bois issus de ces projets de sylviculture intensive seraient
offerts sur le marché, avec option de premier refus
pour les détenteurs de droits de récolte déjà
présents sur le territoire.
Lors des consultations de la Commission,
plusieurs intervenants ont également souhaité
une diversification des modes d’organisation sur le
territoire. Certains ont signifié leur intérêt
pour des projets de forêt habitée. Parmi les
projets pilotes démarrés au Québec dans
les années 1990, quelques-uns sont encore en activité,
bien qu’il s’agisse d’initiatives isolées
et peu soutenues. « La Commission recommande que le
Gouvernement facilite la réalisation de projets de
forêt habitée, par l’octroi de contrats
d’usufruit des ressources à long terme, sur la
base de contrats spécifiques à ce type de projets,
» a expliqué la commissaire Marie Anick Liboiron.
Parmi les autres recommandations déposées
par la Commission en matière de sylviculture, on note
la révision du Manuel d’aménagement
forestier et des Instructions relatives qui
en découlent dans la perspective d’en faire un
guide sylvicole. Le Manuel est un recueil de normes publié
par le ministère des Ressources naturelles, de la Faune
et des Parcs (MRNFP) pour encadrer l’élaboration
des stratégies d’aménagement sylvicole,
selon les divers types de peuplements et les conditions des
sites. Il s’agit d’une référence
obligatoire pour les aménagistes sur forêts publiques.
La Commission estime que la transformation
de ce Manuel en guide sylvicole serait un jalon important
d’une approche de gestion par objectifs qui devrait
être mise de l’avant par le Ministère.
À la lumière de ses consultations, les doutes
que la Commission entretenait quant à l’efficacité
à long terme de la dynamique actuelle de gestion, qui
repose sur un cadre normatif rigide et centralisé,
ont fait place à la certitude que des changements sont
nécessaires en vue d’une gestion davantage axée
sur les résultats, l’établissement d’objectifs
et la mise en place d’indicateurs permettant de mesurer
la performance et les progrès accomplis. Dans cette
nouvelle approche, le Ministère serait appelé
à établir les grandes balises de l’aménagement
durable des forêts à l’échelle du
Québec et à permettre aux instances régionales
d’adapter ces balises aux réalités régionales
et locales.
Les recommandations concernant les changements
à apporter en matière de sylviculture et de
gestion par objectifs sont principalement inscrites aux chapitres
6, 7 et 9 du rapport de la Commission.
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